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Santé. Cœur vaillant à l’hôpital de Chalon

L’Humanité  Santé.
Cœur vaillant à l’hôpital de Chalon Alexandre Fache Mardi, 27 Juin, 2017  
23 juin, personnels, élus, citoyens, patients et leurs familles réunis dans le hall de l’hôpital William-Morey. Infochalon.com  
L’établissement de cette ville de Saône-et-Loire réclame de nouveaux équipements pour son unité de cardiologie. L’ARS et les hôpitaux « concurrents » de Dijon et Mâcon s’y opposent. 
Elles étaient deux mille personnes, blouses blanches et simples citoyens, élus locaux et parlementaires, patients et familles de patients, à avoir investi vendredi le hall de l’hôpital William-Morey, à Chalon-surSaône (Saône-et-Loire). Un établissement ouvert en 2011, mais qui s’inquiète déjà pour l’avenir de son unité de cardiologie. En cause, la décision de l’agence régionale de santé (ARS) de lui refuser l’installation d’un service de coronarographie et d’angioplastie, deux spécialités – intimement liées – devenues incontournables dans le traitement et la prévention des pathologies cardiaques. « La coronarographie permet de visualiser l’état des artères, quand l’angioplastie sert à “déboucher” une artère rétrécie, via la pose d’un petit ballonnet ou d’un stent (ressort), explique le Dr Jean-Luc Philip, chef du service de l’unité de soins intensifs de cardiologie (Usic). Aujourd’hui, ce sont deux activités essentielles pour une unité de cardiologie. Or, l’ARS veut nous en priver, ce qui peut mettre en péril, à terme, l’existence même de notre service. »
« Un service structurant pour l’avenir et vital pour la population »
Le couperet est tombé le 20 juin, via un communiqué. Le lendemain, le directeur adjoint de l’ARS, Olivier Obrecht, s’en expliquait dans le Journal de Saône-et-Loire. « Huit plateaux techniques sont autorisés en Bourgogne-Franche-Comté, donc on a ce qu’il faut », tranche-t-il, affirmant même qu’il n’y a « jamais eu de dossier angioplastie à Chalon ». Dur à avaler pour les médecins et les cadres hospitaliers qui travaillent depuis des années afin que Chalon soit dotée de ce service « structurant pour l’avenir et vital pour la population ». Avec 350 000 habitants, le nord de la Saône-et-Loire dépasse les minima requis pour installer ce type d’équipement. L’Yonne ou la Nièvre, moins peuplées, en bénéficient déjà. « Nous avons en plus un taux de maladies cardiovasculaires plus important, explique le Dr Philip. Nos patients sont plus âgés que la moyenne, sous-médicalisés, donc moins bien dépistés. » 
Pour les défenseurs du service d’angioplastie, l’existence de structures comparables à Dijon, au nord, et Mâcon, au sud, ne suffit pas à couvrir le territoire efficacement, c’est-à-dire en temps et en heure. Depuis 2012, le délai de prise en charge des infarctus – le temps entre le diagnostic et le débouchage de l’artère – ne doit pas dépasser 90 minutes. Une course contre la montre perdue pour de nombreux patients du département en l’absence d’un centre dédié à Chalon. « Au CHU de Dijon, le délai moyen de prise en charge des malades venant de nos territoires frôle les 4 heures, constate le Dr Philip. À Mâcon, c’est mieux mais pas suffisant : 109 minutes pour les patients venant de Chalon et 193 pour ceux de Montceau-les-Mines. » Président de la commission médicale d’établissement de l’hôpital William-Morey, le Dr Arnaud Dellinger abonde : « Certes, avec l’autoroute, les habitants de Chalon peuvent rejoindre Dijon ou Mâcon à peu près dans les temps. Mais ce n’est pas le cas des malades situés hors de cet axe, dans la Bresse ou le Morvan. Je veux bien que l’ARS dise : “Ce n’est pas grave.” Mais il va falloir qu’elle assume ce discours devant la population. » « La gestion comptable prime sur les besoins des malades »  Aujourd’hui inflexible, l’agence sanitaire n’a pas toujours dit non. En réflexion depuis 2013, le projet avait même été considéré l’an dernier comme « répondant à un besoin exceptionnel ». Mais, début 2017, changement de ton. Un nouveau directeur, Pierre Pribile, ex-conseiller de Manuel Valls à Matignon, chargé de la protection sociale, débarque à la tête de l’ARS. « À partir de là, on a vu s’infléchir la position de l’agence, de plus en plus à l’écoute des inquiétudes des hôpitaux de Dijon et Mâcon », se souvient le Dr Dellinger. Ou comment des structures aussi essentielles que des hôpitaux sont désormais plongées dans le grand bain de la concurrence… « L’origine de tout ça, ce sont les lois Bachelot et Touraine, et la tarification à l’activité, pointe Nathalie Vermorel, ex-candidate PCF aux législatives en Saône-et-Loire. La gestion comptable prime désormais sur les besoins des patients et les hôpitaux sont devenus de véritables entreprises qui défendent leur “part de marché”. » Avec d’autant plus de vigueur que l’angioplastie est une activité bénéficiaire, susceptible de compenser les frais occasionnés par les unités de soins intensifs, très gourmandes en personnel et en matériel. Cette cagnotte, le CHU de Dijon a même proposé, en mai dernier, de l’utiliser pour éponger les déficits de l’Usic de Chalon si celle-ci renonçait à sa demande. « Qu’un hôpital propose de payer les déficits d’un autre, on n’avait jamais vu ça, commente le Dr Dellinger. Là, on a compris que les enjeux médicaux n’étaient pas les seuls à compter. » 
Alors, privilégié, le très macronien département voisin de la Côte-d’Or ? Beaucoup le pensent à Chalon, même si, du maire LR Gilles Platret aux parlementaires (PS, LR, LREM), c’est l’union sacrée pour défendre l’ouverture d’un centre d’angioplastie. « Il faut l’intervention d’un tiers indépendant pour sortir de cette impasse, et vite », plaide le député LREM, fraîchement élu, Raphaël Gauvain. Le dossier serait déjà sur le bureau de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. « Tous les élus soutiennent le projet, note Nathalie Vermorel. Mais qui votera contre le prochain budget de la Sécu et sa logique comptable ? Qui nous a amenés dans cette impasse ? » Ce mardi, les personnels de l’hôpital William-Morey exerceront avec un brassard noir pour protester contre la décision de l’ARS. Pas encore un signe de deuil, puisque à l’initiative de la CGT et de FO, un nouveau rassemblement est prévu ce soir, dans le centre-ville de Chalon.  

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