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  • Actu' du mardi 21 mars - Industrie : Stop la casse !

 
 
 

Cercle - Autour de la pensée de Marx

CERCLE "AUTOUR DE LA PENSÈE DE MARX" – Juin 2013

La France est en récession ! Le chômage explose !

Dans nos dernières contributions nous avons d’abord (juin 2012) indiqué que le mot « crise » avait un sens bien précis. Il s'agissait de la crise du système capitaliste , dans sa nature propre, et que cette crise se répercutait sur tous les aspects de la société. Après avoir évoqué les crises du mode de production capitaliste dans l'histoire, nous en avons indiqué les caractéristiques et les contradictions: surproduction, machinisme et accumulation. Ensuite (octobre 2012) nous avons abordé le thème de la question sociale et de la lutte de classe. En effet de la relation exploitant-exploité, qui constitue la base de l’exploitation capitaliste, naît la question sociale et la lutte des classes. La prise de conscience des ces réalités par la classe des exploités est nécessaire pour que ceux-ci puissent se libérer de l'exploitation des capitalistes en engageant la lutte de classe. 

L'incompétence est-elle la cause de la dégradation économique?

La France, comme nombre de pays européens, s’enfonce inexorablement dans la récession : la croissance chute, les faillites et le chômage explosent, la dette augmente, les acquis sociaux disparaissent,… On peut entendre dans les quartiers et chez certains politiques : « C’est la faute à ceux qui dirigent le pays, ils sont incompétents ! ». Quelques exemples : « L'incompétence des socialistes par A+B » (Debout la République) « l'UMPS confirme son incompétence économique ! » (FN) « Valéry Giscard d'Estaing pointe "l'incompétence économique" des dirigeants » (AFP) « "Récession" La cause est l'incompétence de la classe politique depuis ces 30 dernières années! » (Le Figaro).  Si la cause majeure de la dégradation était due à l’incompétence, alors le problème serait facile à résoudre : chassons les incompétents et mettons des compétents ! L’incompétence est-elle spécifiquement française ? Prenons les taux de chômage en Europe : Espagne et Grèce proche de 30% ; Portugal et Croatie proche de 20% ; Irlande, Lettonie, Slovaquie, Chypre 15% ; France, Hongrie, Bulgarie, Italie, Pologne 11/13% ; seulement la Norvège a moins de 5% (Alternatives Economiques, 2013). Les taux de chômage sont encore plus désastreux pour les moins de 25 ans ! Beaucoup de ces pays sont ou ont été dirigés, ces dernières décennies, en alternance par des partis de droite et par des partis sociaux-démocrates (socialistes) : ça fait donc un sacre paquet d’incompétents !

L’ampleur du phénomène nous oblige à invalider l’argument d’incompétence et à rechercher ailleurs les causes du « bazar », pour prendre l’expression du chanteur Arno de passage au Creusot. Ceux qui sont taxé d’incompétents et qui dirigent actuellement notre pays appliquent une politique social-démocrate. Un retour dans le passé s’impose pour comprendre ce que fût la social-démocratie et ce qu’elle est devenue. 

La social-démocratie est née à la fin du XIX siècle et s’est développée au cours du XX où tous les partis sociaux-démocrates se réclamaient originellement du « marxisme » et du « socialisme ». Ces partis avaient comme but la transformation « révolutionnaire » du capitalisme par des séries de réformes qui devaient conduire à son dépassement. Marx, lui même, a été membre du parti social-démocrate du travail fondé en 1869 à Eisenach. En France ce fut aussi le cas avec le parti socialiste de Jaurès, puis avec la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière). Cette social-démocratie, imprégnée des thèses « marxiste », a contribué à modifier le rapport des forces et à améliorer les conditions des travailleurs. Mais un changement d’orientation de la social-démocratie se produit au congrès extraordinaire du SPD (Parti Social-démocrate Allemand) en 1959. Le SPD va rompre avec le « marxisme » et la lutte des classes et se limite à essayer de réformer le capitalisme sans le mettre en cause dans sa nature et son existence. 

Ce changement radical d’orientation politique va contaminer progressivement l’ensemble des partis sociaux-démocrates, qui considèrent le capitalisme comme désormais indépassable. L’implosion de l’URSS va conduire également nombre de partis communistes à rejoindre le camp social-démocrate, devenus gestionnaires du système capitaliste. L’exemple le plus frappant étant la dissolution du PCI (Parti Communiste Italien) en 1991, qui devient PDS (Parti Démocrate de Gauche). Ensuite Le PDS devient DS (Démocrates de Gauche) en 1998 et enfin PD (Parti Démocrate) en 2007. Aujourd’hui le PD gouverne avec le PDL (Peuple de la Liberté) de Berlusconi !Tous les partis sociaux-démocrates (socialistes) n’ont donc plus rien à voir avec ce qu’était la social-démocratie originelle. Ils ont renoncé à changer le capitalisme, pour changer de société, en se limitant à une gestion « sociale » du capitalisme. Pour eux l’Etat est l’instrument de compromis entre les intérêts des différentes classes sociales. A plusieurs reprises les partis sociaux-démocrates ont eu l’occasion d’exercer le pouvoir avec des réussites diverses. Mais ils n’ont pas pu se maintenir durablement au pouvoir, car les réformes n’ étaient pas de nature à changer en profondeur le système capitaliste et donc la société dans l’intérêt des peuples.

Mais le mode de production capitaliste va finir par se gripper sous l’effet des ses contradictions internes, comme nous le rappelions en introduction. La crise d’ampleur historique qui a éclaté en 2008 remet bien des certitudes en question. La social-démocratie a été surprise par cette crise, qu’elle n’a pas vu venir, et est désarmée sur le plan théorique pour la comprendre. La social-démocratie, incapable du moindre recul critique pour l’affronter et prise au piège de ses propres choix politiques, n’a d’autres solutions que de poursuivre son évolution vers le social-libéralisme. Cette orientation politique la conduit à essayer de prendre des mesures portant sur les conséquences et non sur les causes de la crise systémique du libéralisme/capitalisme.  Nombre de ces partis sociaux-démocrates (socialistes) ont sombré sous la violence de la crise et la colère des peuples. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui sont plongés dans des difficultés inextricables et battent des records d’impopularité de fait de l’austérité qu’ils infligent. Si ces partis avaient par le passé, dans un contexte de croissance, des marges de manœuvre pour se distinguer des politiques de droite, il n’en va plus de même aujourd’hui ! La crise systémique du capitalisme est là avec toute sa violence.

Depuis Marx on sait que le Capital n’existe que par sa valorisation continue, condition de son accumulation et donc de sa reproduction. La crise historique que nous vivons montre clairement que la valorisation du Capital se heurte  à la limite que le capitalisme éprouve les pires difficultés à repousser. Nous sommes même à un moment où les facteurs de dévalorisation du Capital prennent structurellement et tendanciellement le dessus sur les facteurs de valorisation, même avec les marges de manœuvre procurées par le pays émergents. Il s’agit d’un retournement radical de situation et c’est d’ailleurs pourquoi la crise actuelle, au delà d’éventuelles périodes de reprises, aussi éphémères que superficielles, ne peut être que chronique à la différence d’autres nombreuses crises passées.

La cause fondamentale du marasme économique et social trouve donc son origine dans la crise systémique du capitalisme, mais aussi dans la capitulation des forces politiques qui ont tourné le dos à leurs idéaux. Ces forces politiques ont abandonné le but d’une société meilleure, plus humaine, plus égalitaire, moins violente, moins génératrice de crises et de chômage, plus protectrice de l’écosystème. Une société dans laquelle les richesses produites serait consacrées à répondre aux énormes besoins de l’humanité et à la préservation de la planète.

On le voit : le jugement d’incompétence est un leurre !

Jacky Jordery, Bruno Silla, Serge Roigt – Montceau-les-Mines – Juin 2013

 

 

 

 

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