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  • Actu' mardi 21 mars - Industrie : stop la casse

  • Actu' du mardi 21 mars - Industrie : Stop la casse !

 
 
 

Le Creusot - Soirée sur l'industrie

Le Creusot, ville de toutes les énergies, 1ère ville industrielle de Bourgogne, une ville industrielle qui existe depuis moins de 2 siècles.

Le Creusot, petite ville du Département de Saône-et-Loire, arrondissement d’Autun, a son nom inscrit dans l’histoire de l’industrie française et dans l’histoire des luttes ouvrières. Sa renommée a été portée dans le monde entier sur les canons ou sur les ponts métalliques sortis de ses usines, quelquefois aussi par la nouvelle d’une flambée de révolte ouvrière et le nom de Schneider est devenu en France le symbole du grand capitalisme industriel (Pierre PONSOT, « les Grèves de 1870 et la Commune de 1871 au Creusot », Editions Sociales).

Pourquoi Le Creusot est-il devenu ce grand centre industriel mondialement connu à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, alors qu’il n’était qu’un modeste lieu-dit : « Le Crozot », à côté de Montcenis, alors bourg plus important dans ces contreforts du Morvan ?

Dès le 16ème siècle, on extrait le charbon du sous-sol. Comme il y a du minerai de fer à Mazenay, de petites forges s’installent, grandissent au 18ème siècle (forges de Buffon près de Montbard). En 1785 est mise en route la 1ère grande usine par une société patronnée par l’Etat, dont Louis XVI est le principal actionnaire. Elle occupe 1500 ouvriers et produit la fonte au coke, dont les Anglais détenaient la technique, dans ses hauts fourneaux. Pour l’époque, c’est une grande nouveauté, la fonte au bois dominait partout ailleurs en France. Les nombreuses forges installées en Bourgogne et en Franche-Comté s’expliquent par l’abondance du bois, les nombreuses forêts. Rappelons qu’avant la Révolution, Colbert avait créé les manufactures royales, minutieusement réglementées.

Au Creusot, s’ouvre la Fonderie Royale de canons et la Manufacture des Cristaux (la cristallerie de la reine Marie-Antoinette) qui fonctionnait sur le site du Château de la Verrerie. Les Schneider transformeront ces ateliers, bureaux, communs, en demeure de maître, les deux anciens fours à verre, bâtis dans la cour du château, deviendront le Petit Théâtre d’un côté et une chapelle (aujourd’hui galerie d’exposition) de l’autre.

La Fonderie Royale produit armes et canons sous la Révolution et le Premier Empire. Elle est mise en faillite en 1818, elle est rachetée par M. Chagot, fondateur de la puissante dynastie industrielle qui régnera bientôt à Montceau avec la concession houillère. Les sociétés propriétaires se succèdent de crise en crise jusqu’en 1836, qui marque un nouveau départ avec l’arrivée des frères Schneider qui se rendent acquéreurs de toutes les installations : mines, usines, soit 261 hectares sur les 460ha de la commune d’alors.

C’est le début d’une prodigieuse aventure, d’une fortune pour cette famille, qui de père en fils, n’a cessé de régner au Creusot jusqu’en 1984-85, tout en créant un énorme monopole aux ramifications internationales.

Avec l’arrivée des frères Schneider, vers 1834-36, le petit hameau « Cros » (« Creux »), d’où « Crozot », deviendra en peu de temps une ville symbole du développement industriel – et parfait modèle du « paternalisme » où le patron fournit le travail, l’emploi, le logement, le chauffage, le jardin, les soins (hôpital), l’école, mais ne tolère pas la grève, le syndicalisme. Il contrôle tous les aspects de la vie de ses salariés. Les Schneider vont faire du Creusot une ville-usine. Ils vont créer un établissement moderne, en rupture avec les manufactures.

C’est l’intégration verticale et horizontale. Dans un même lieu, à partir d’un produit, le fer, on fabrique l’acier, la fonte, puis on transforme cet acier en de nombreux produits, canons, tabliers de ponts, armatures des gares modernes, locomotives, arbres de navires, blindage, bref toute la grosse métallurgie. Le 19ème voit l’essor des constructions métalliques (Tour Eiffel).

C’est la première fois que l’on concentre des milliers de travailleurs dans un même site. Travail en postes, jamais l’usine ne s’arrête.

Le système paternaliste des Schneider s’il garantissait un peu de social en plus du travail ne supportait pas la contestation sociale. Quand une explosion sociale se produisait, les patrons réprimaient, reprenaient en main, licenciaient les « fauteurs de troubles ».

2 épisodes à mentionner :

  1. Le Creusot est une des 15 villes de France qui proclame une commune, le 26 mars 1871, à l’exemple de la Commune de Paris, sous l’impulsion d’un grand militant ouvrier, Jean-Baptiste Dumay. Après l’écrasement de la Commune de Paris, Dumay dut s’exiler à Genève. La Cour d’Assises de Chalon condamna Dumay aux travaux forcés à perpétuité et des communards en fuite à de lourdes peines de prison, 5 à la déportation en Nouvelle Calédonie.
  2. Les grandes grèves de 1899-1900, très dures, importantes avec pour la première fois dans l’histoire sociale un arbitrage du gouvernement Waldeck-Rousseau.

20 décembre 1948 : les Etablissements Schneider deviennent la SFAC (Société des Forges et Ateliers du Creusot)

1960 : le site du Creusot-Le Breuil-Montchanin recense 13000 employés. 24 ans plus tard plus que 6000. Cette année-là, la disparition de Charles Schneider marque la fin de la dynastie qui aura régné pendant 124 ans.

1970 : la SFAC fusionne avec le CAFL (Compagnie des Ateliers et Forges de la Loire), pour donner la société « Creusot-Loire »

1984 : l’année noire. Par le jeu des reventes d’actions, le nouveau PDG de Creusot-Loire se nomme Didier PINEAU-VALENCIENNES. C’est l’année de la « financiarisation » dans l’industrie. Il fait monter les enchères avec le gouvernement de Pierre Mauroy (Laurent Fabius en charge du dossier) jusqu’à mi-juillet 1984, démission de Pierre Mauroy, Laurent Fabius devient Premier Ministre et Edith Cresson ministre de l’Industrie en charge du dossier Creusot-Loire.

La crise aboutit au dépôt de bilan le 28 juin 1984. C’est sans doute le plus important dépôt de bilan dans l’histoire industrielle de la France et même en Europe, depuis 1850.

Creusot-Loire, c’est 30000 salariés directs, des milliers de sous-traitants.

Usines du Creusot-Montchanin, Chalon en Saône-et-Loire ; Saint-Etienne, Firminy, Saint-Chamond dans la Loire ; Nantes, Saint-Nazaire, Saint-Chély-d’Apcher, Tarbes, Dunkerque (Gravelines les Dunes).

La lutte s’engage pendant des mois : salariés, population, élus (les communistes y jouent un rôle important). André Lajoinie viendra au Creusot.

A chaque fois, des milliers de Creusotins descendent dans la rue. Mairie occupée, gares investies (TGV, Chagny, Louhans, Chalon). Pas un train ne circulera entre Paris et le Sud Est (le 3 septembre 1984).

En octobre, la mobilisation des salariés et de la population fera échouer le plan inviable de reprise par Fives-Lille-Cail, lors d’une grande réunion présidée par Louis Gallois, directeur au ministère de l’Industrie.

Les Communistes ont sans cesse défendu la complémentarité des différentes unités du site du Creusot : sidérurgie, forgeage, puis transformation, mécanique.

Fin décembre 1985, le Tribunal de Commerce de Paris rend son verdict sur le plan de reprise de Creusot-Loire.

Les différents établissements du site du Creusot sont repris essentiellement par USINOR-SACILOR pour la sidérurgie (Creusot-Loire Industrie – CLI), par GEC-Alsthom pour la partie ferroviaire (Alsthom Creusot Rail – ACR), et par Framatome pour la partie mécanique énergie, avec Thermodyn et NFM (Neyrpic Framatome Industrie) pour les anciens ateliers, respectivement CM1 et CM3.

L’ancien atelier SCP (Stellram Cire Perdue) avait déjà, avant cette date, essaimé entre Carbex (Stellram) et Microfusion (Cire Perdue). La fonderie Henri-Paul à Montchanin disparaitra à la fin du dépôt de bilan. Framatome deviendra AREVA.

Mais grâce à la lutte magnifique des salariés avec la CGT, de la population, le site du Creusot ne sera pas démantelé à l’instar de la Lorraine. Il y aura des diminutions d’emplois, mais la complémentarité (synergie dans le jargon) sera préservée.

Dans les années 90, le Creusot va rebondir sur ses fondamentaux historiques : sidérurgie, transformation de l’acier, mais après une modernisation et des technologies nouvelles. Dans le cœur historique, de la Plaine des Riaux, l’usine SNECMA (SAFRAN) s’est installée en1986, fabrique des disques de réacteurs d’avions pour Airbus et Boeing.

Avec la sous-traitance, l’intérim, on compte environ 5500 emplois de haute qualification.

Le cœur de l’industrie bourguignonne se trouve toujours ici.

Voilà en quelques lignes l’histoire du Creusot.

Merci de votre écoute.

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